On me demande souvent un « tableau » tout fait pour nourrir un cheval. Je comprends l’envie de simplicité, mais aucun tableau générique ne remplace une ration pensée pour un cheval précis : son poids, sa race, son travail et son état corporel changent tout. Voici en revanche les repères que j’utilise systématiquement pour construire une ration équilibrée, quel que soit le cheval concerné.
Le repère de base : le fourrage
Le point de départ n’est jamais le concentré, mais le foin. Un cheval a besoin, en matière sèche, d’environ deux pour cent de son poids corporel par jour rien qu’en fourrage, pour un cheval au repos ou en travail léger. Un cheval de 500 kg consomme ainsi de l’ordre de 8 à 10 kg de foin par jour, réparti idéalement sur plusieurs distributions plutôt qu’en un ou deux repas.
- Cheval au repos ou loisir léger : fourrage quasi exclusif, complément minéral et vitaminé (CMV), sel.
- Cheval en travail modéré : fourrage en priorité, complété par une petite quantité d’aliment concentré adapté (floconné, granulé) selon la dépense énergétique réelle.
- Cheval en travail intense ou de sport : fourrage toujours majoritaire, avec un concentré plus riche en énergie, fractionné en plusieurs repas pour limiter les à-coups digestifs.
- Poulinière, jeune cheval en croissance, cheval convalescent : besoins accrus en protéines et en minéraux, souvent via la luzerne et un CMV renforcé, à ajuster avec un professionnel.
Les compléments : utiles, mais jamais automatiques
Le complément minéral et vitaminé reste la base d’une supplémentation raisonnable : il corrige des déséquilibres fréquents du fourrage, notamment en calcium, phosphore et oligo-éléments. Au-delà, chaque complément spécifique, articulaire, digestif ou destiné au pelage, doit répondre à un besoin identifié et non à un réflexe d’achat. J’encourage toujours à introduire un seul complément à la fois, pour pouvoir juger de son effet réel.
Orge, avoine, luzerne : des rôles différents
L’orge et l’avoine sont des céréales énergétiques, à réserver aux chevaux dont le travail justifie un apport concentré. La luzerne, elle, n’est pas une céréale mais un fourrage riche en protéines et en calcium, précieux pour la croissance ou l’entretien musculaire, mais à doser chez un cheval sédentaire ou sujet aux troubles rénaux.
Ce qu’aucun tableau ne peut prévoir
La qualité du foin varie énormément d’une récolte à l’autre, ce qu’aucun tableau théorique ne mesure. Un foin tardif, grossier, apporte moins d’énergie qu’un foin précoce et feuillu, à quantité égale. C’est pourquoi l’observation reste irremplaçable : état corporel évalué régulièrement, poids si possible mesuré avec un mètre de pesée, qualité du crottin et niveau d’énergie du cheval au quotidien.
Un cheval qui maigrit, qui grossit anormalement ou dont l’appétit change durablement doit être examiné par un vétérinaire, avec si besoin un contrôle dentaire : bien des difficultés alimentaires viennent d’une bouche douloureuse plutôt que d’une ration mal calculée. Le meilleur « tableau » reste, au fond, celui qu’on ajuste semaine après semaine en observant son propre cheval.




