De plus en plus de propriétaires me demandent comment nourrir leur cheval « sans céréales ». La question part d’une bonne intuition : dans la nature, un cheval broute de l’herbe et du fourrage, pas de l’avoine ou de l’orge. Mais supprimer les céréales du jour au lendemain n’est ni anodin ni toujours nécessaire — tout dépend du travail fourni, de l’âge et de l’état du cheval.
Le fourrage, socle de toute ration
Avant de parler de ce qu’on retire, il faut parler de ce sur quoi on construit : le foin. Un cheval au repos ou en travail léger couvre l’essentiel de ses besoins énergétiques avec un fourrage de bonne qualité, distribué en quantité suffisante et réparti sur la journée plutôt qu’en deux gros repas. La règle que je donne à mes élèves est simple : mieux vaut trop de fourrage que trop peu, et rarement moins de deux pour cent du poids corporel en matière sèche par jour.
La luzerne, plus riche en protéines et en calcium que le foin de prairie classique, complète utilement la ration d’un cheval en croissance, d’une poulinière ou d’un cheval de sport très sollicité. Elle reste un fourrage énergétique qu’il faut doser avec discernement chez un cheval sédentaire.
Pourquoi certains chevaux se passent bien des céréales
L’orge et l’avoine apportent de l’énergie rapidement disponible, utile pour un cheval de sport en effort intense. Mais pour un cheval de loisir, un poney de club ou un cheval au repos, cet apport dépasse souvent les besoins réels, avec parfois des coups de sang, des troubles digestifs ou du surpoids à la clé. Dans ces cas, un fourrage de qualité associé à un complément minéral et vitaminé (CMV) adapté suffit largement, sans à-coups d’énergie ni fermentations intestinales excessives.
- Foin à volonté ou en accès quasi permanent, pour respecter le fonctionnement continu de l’appareil digestif du cheval.
- Un CMV adapté à l’âge et à l’activité, pour couvrir les carences que le seul fourrage ne comble pas toujours, notamment en oligo-éléments.
- De l’eau propre à volonté, souvent négligée alors qu’elle conditionne toute la digestion du fourrage.
- Du sel, en pierre à lécher ou en poudre, surtout pour les chevaux qui transpirent beaucoup.
Les cas où les céréales gardent leur intérêt
Un cheval en fort travail, une jument qui allaite ou un cheval âgé qui peine à maintenir son poids peuvent avoir besoin d’un apport énergétique concentré que le seul fourrage ne fournit pas toujours, surtout si sa qualité est moyenne. Mieux vaut alors ajuster progressivement la quantité de céréales, ou se tourner vers des aliments floconnés ou extrudés, plus digestes, plutôt que de supprimer tout apport concentré par principe.
Une transition qui se fait toujours en douceur
Le système digestif du cheval est sensible aux changements brusques. Toute modification de ration doit s’étaler sur une à deux semaines, en observant le crottin, l’appétit et le comportement général de l’animal. J’ai vu trop de coliques survenir après un changement d’aliment trop rapide pour prendre ce point à la légère.
Aucune ration standard ne remplace un avis individualisé. Un cheval qui maigrit, qui a du mal à mâcher ou dont le crottin change durablement mérite un examen vétérinaire, et parfois un contrôle par un dentiste équin : des dents mal usées ou une pathologie sous-jacente peuvent expliquer bien des difficultés alimentaires qu’aucun changement de ration ne résoudra seul. Le bon régime n’est jamais celui qui suit une mode, mais celui qui correspond précisément au cheval qu’on a devant soi.



